Rhinocéros de Eugène Ionesco

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RÉSUMÉ : « Tous les chats sont mortels. Socrate est mortel. Donc Socrate est un chat. » Tout langage stéréotypé devient aberrant. C’est ce que Ionesco démontre dans Rhinocéros, pièce qui a tout d’abord vu le jour sous la forme d’une nouvelle. Partisan d’un théâtre total, il porte l’absurde à son paroxysme en l’incarnant matériellement.

Allégorie des idéologies de masse, le rhinocéros, cruel et dévastateur, ne se déplace qu’en groupe et gagne du terrain à une vitesse vertigineuse. Seul et sans trop savoir pourquoi, Bérenger résiste à la mutation. Il résiste pour notre plus grande délectation, car sa lutte désespérée donne lieu à des caricatures savoureuses, à des variations de tons et de genres audacieuses et anticonformistes. La sclérose intellectuelle, l’incommunicabilité et la perversion du langage engendrent des situations tellement tragiques qu’elles en deviennent comiques, tellement grotesques qu’elles ne peuvent être que dramatiques.

C’est une très bonne redécouverte du style de l’auteur que m’a permis cette pièce de théâtre. Comme dans la Cantatrice chauve, nous découvrons un univers complet, particulièrement décrit par Eugène Ionesco dans le cas présent : le cadre et contexte des différentes scènes sont très précis, ce qui m’a permis d’entrer pleinement dans cette pièce de théâtre. La visualisation est superbe ! Ça m’a grandement donné envie de voir cette pièce sur scène… !

Le côté absurde m’a par ailleurs plu, c’est ce style qui semble caractériser et animer l’auteur. Les quelques petites notes à la fin de l’édition m’ont par ailleurs éclairée sur la volonté de l’auteur, puisque par la représentation du rhinocéros l’idée était de symboliser le totalitarisme (je n’aurai jamais trouvé ça toute seule haha et come je n’ai pas lu le résumé en amont de la lecture…).

Une bonne lecture en somme, rapide.

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La cantatrice chauve d’Eugène Ionesco

La cantatrice chauve

RÉSUMÉ : Qu’importe que la cantatrice soit chauve puisqu’elle n’existe pas ! Dans cette petite « anti-pièce », première œuvre dramatique de Ionesco, il n’est fait référence que deux fois à la cantatrice chauve, personnage dont on ne sait rien et qui n’apparaît jamais. Il s’agit bien là d’un Nouveau Théâtre, celui qui donne naissance à des pièces sans héros, sans sacro-sainte division en actes, sans action, sans intrigue, avec en guise de dénouement la quasi-répétition du début, et dont les traditionnelles retrouvailles sont remplacées par une parodie de reconnaissance d’une invraisemblance ahurissante. Les personnages, tout droit sortis d’un manuel de langue, ne s’expriment que par clichés, disent une chose pour aussitôt affirmer son contraire, trouvent une jubilation idiote à employer proverbes et maximes tout en les pervertissant sans même s’en apercevoir… Cependant, très vite, le langage s' »autonomise », se libère de toute contrainte, et l’on assiste avec plaisir au divorce du sens et du verbe. Il en résulte un petit chef-d’œuvre comique, traité sur l’absurde, variation sur la bêtise et paradoxalement éloge du pouvoir du langage.

Il me restait un vague souvenir de cette pièce de théâtre, que j’avais lue quand j’étais au collège. Mais mis à part que c’était sympa et drôle, je n’avais aucune autre idée de ce que c’était. Je viens donc aujourd’hui vous en parler, maintenant que je me suis replongée dedans !

Si je devais décrire ma lecture en un seul mot, ce serait drôle, ou absurde – bon ok, ça fait deux mots ! Mais vous avez compris l’idée ^^

De l’absurde, en veux-tu en voilà

Dès les premières lignes, les premières répliques dirai-je plutôt, l’auteur insiste sur les clichés anglais – thé et tout le tintouin. La conversation entière, qui n’est pas scindée, est totalement délirante, sans queue ni tête du début à la fin (je dirai même de la fin au début tant l’histoire se répète). Les personnages sont tous plus contradictoires les uns que les autres. Quand on arrive au bout de la pièce, elle ne se termine pas vraiment, elle recommence, reprend le début, et instantanément débute à nouveau toutes les absurdités que l’on vient de lire, mais qui cette fois-ci se déroulent dans notre esprit. Quand on a lu la pièce une fois, on la sait interminable.

Une bonne pièce de théâtre qui détend totalement, où il n’est pas nécessaire de réfléchir, au même titre que les personnages qui parlent sans réfléchir.